STATUT DE CAPITALE POUR ALGER, SUPPLANTANT BÉJAIA, CAPITALE MILLÉNAIRE, HAMMADITE PUIS HAFSIDE.

Face à la dénégation de l’identité des Algériens, de la destruction sauvage de leurs biens, les populations nombreuses des environs de Bejaia, appuyées de milliers d’Algériens répondant à l’appel au Djihad contre les Espagnols proclamé par Salah Rais, quatrième Pacha turc d’Alger, ont uni leurs forces pour mettre fin à la présence coloniale espagnole après 45 ans d’occupation.

Le successeur du roi de Bejaia Abdelaziz Ibn Abbas, installé dans sa nouvelle capitale de substitution, à Ath Abbas, mobilisa 8 000 hommes. Le roi de Koukou, sur les monts du Djurdjura, Ahmed Oul kadhi en fit autant.

En un temps record, Salah Rais se trouva à la tête de près de trente mille hommes qui firent le siège de Bejaia. Une autre armée de mer, essentiellement turque celle-là, empêchant toute sortie ou ravitaillement de l’armée espagnole, fit jonction avec celle de terre.

La bataille s’engagea. Elle fut rude. Les Espagnols étaient toujours mieux armés, leurs soldats étaient protégés par des cuirasses. Mis à part l’armée du Pacha qui avait un matériel de guerre, fût-il de qualité médiocre, le reste des combattants était armé très sommairement de lances, de coutelas.

Les armes à feu fabriquées dans les manufactures des Ath Abbès, n’étaient pas performantes pour une telle bataille, face à une armée réfugiée dans des forts, derrière d’épaisses murailles et disposant de canons. On ne pouvait voir que les meurtrières d’où les canons espagnols crachaient le feu.

Mais le désir de mettre fin à une occupation aussi sanglante, qui avait ruiné la capitale des lettres et des sciences et avait fait des milliers de morts finit par triompher.

Les Algériens accourus de toutes les régions du pays, vont cette fois-ci triompher. La bataille fut un véritable massacre pour les deux armées. On ne lâcha rien de part et d’autre.

Bordj Moussa pris, Salah Rais dirigea ensuite le feu de son artillerie contre le fort de la mer (Sidi Abdelkader)…Le château fut emporté.

Le commandant Don Luis de Péralta, s’était enfermé dans la Casbah avec le reste de la garnison. Il résista pendant vingt-quatre jours…

C’est à coup de sabres, de poignards, de mousquets et d’arbalètes que les assaillants algériens eurent raison des derniers Espagnols retranchés.

Don Luis de Péralta capitula en mai 1555. De retour en Espagne, il fut jugé et décapité sur la place de Valladolid sur ordre de Charles Quint pour n’avoir pas pu résister, malgré les renforts reçus, ou su mourir.

Les historiens doivent réhabiliter le courage, le sens des sacrifices, l’héroïsme, le patriotisme des Algériens qui ont lutté pour se libérer de leurs envahisseurs.

Bejaia libérée, un chef fut nommé mais ce ne fut ni Abdelaziz, le dernier successeur de l’ancien roi Abdelaziz El Abbès, ni Ahmed Oul Qadhi, l’un des derniers cadis du Roi, au service de la dynastie à Bejaia, qui a mené une lutte implacable contre les Espagnols au moment de leur conquête, et a poursuivi son combat jusqu’à la reprise de la ville.

La ville fut confiée à un Caïd turc, Ali Sardo, inconnu, qui relevait du commandement du Pacha d’Alger, et toute l’administration fut constituée de Turcs.

Dès la reconquête de Bejaia en mai 1555, la carte géopolitique de l’Algérie changea. Bejaia-Begayeth perdit son statut de capitale, depuis l’ère du royaume Hammadite, puis à partir de 1230 sous la dynastie des hafsides.

El Djazair ou Dzayer (Alger) qui n’était alors qu’une bourgade, prit la relève.

Karim Younes

De la Numidie à l’Algérie, Grandeurs et Ruptures. Casbah Editions

 

 

 

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