Nous sommes arrivés à la fin d’une ère.

Aujourd’hui, , l’urgence, l’exigence de lucidité, l’ardente nécessité du courage citoyen consiste d’abord à se regarder sans complaisance dans le miroir de la réalité.

De jour en jour, notre jeunesse ne se perd-t-elle pas tantôt blasée, tantôt angoissée, dans l’absence de perspective, dans la délinquance et dans la dépravation ? Dans la harga et dans l’immolation, expressions ultimes de la frustration et du désespoir?

Le système politique imposé, dénommé abusivement «multipartiste» ne fait-il pas malheureusement le lit de toutes les impostures, de tous les opportunismes, de toutes les incompétences au détriment du développement ?

Au demeurant, l’Algérie n’est pas le seul pays souffrant de cette situation.

Ce modèle d’ «ouverture politique » se retrouve dans nombre de pays de la sphère arabe et africaine. Inspiré, voire imposé par les super-puissances, il tend tout d’abord à légitimer auprès de leurs opinions publiques les relations incestueuses que ces pays prétendument parangons de toutes les vertus démocratiques, entretiennent avec des dictatures franches ou déguisées, des démocraties naissantes ou préfabriquées.

Ensuite, ce modèle tend à ouvrir, grâce à un multipartisme d’apparat, une soupape de sécurité dont l’objectif ultime est d’assurer la stabilité politique, écran commode derrière lequel s’exerceront toujours plus de pression sur les gouvernements locaux, au Proche-Orient, en Asie, en Afrique, dans les républiques de l’ancienne Union Soviétique.

Aujourd’hui, notre pays ne façonne, ni ne construit son destin ; il le subit.

Jusqu’à quand ?

La question me laisse songeur et me conduit à revisiter l’histoire. Et voilà que les grands noms du passé, ancien ou récent surgissent, de Massinissa à Abdelmoumen, de l’Emir Abdel Kader à Ferhat Abbas, à Mohamed Boudiaf et ses compagnons de l’épopée de Novembre 1954.

Ou encore à d’autres géants que l’Histoire a enfantés, d’Alexandre le Grand à Jules César, de Napoléon Bonaparte à Djamel Abdenasser, à Patrice Lumumba, à Kwame Nkrumah, à Nelson Mandela à Luis Inacio Lula ?

Ou encore à Mao Ze Dong qui aura fait preuve d’un génie visionnaire et d’une herculéenne capacité à faire face aux ennemis de son pays, à en triompher et à jeter les bases de la Chine du futur qui deviendra 20 ans après son décès, l’une des toutes premières puissances politiques, économiques et technologiques dans le monde ?

L’Histoire a ses pages dorées. Ce sont des hommes d’une trempe exceptionnelle qui les ont inspirées, quand ils ne les ont pas écrites.

En quelle encre sera écrite celle des chefs d’Etat au pouvoir depuis 1970 pour le plus ancien d’entre eux soit 40 ans, et 1987 pour le plus récent soit 23 ans ? (aujourd’hui décédé pour l’un ou déchus pour les autres)

L’étincelle qui a enflammé la Tunisie a couvé le brasier qui a soufflé sur l’Egypte et s’est étendu en Libye, puis au Yémen et maintenant en Syrie. Les flammes menacent les monarchies du Golfe arabe. Est-ce la fin des gouvernances politique et économique anachroniques ?

Les explosions auxquelles nous assistons aujourd’hui impliquent tout le monde arabe. Elles créent chez nous une tension extrême. Chacun peut la ressentir. L’alerte doit retentir au plus haut niveau. La mission sacrée est aujourd’hui d’éviter que des effusions de sang ne maculent une fois encore notre emblème, trop souvent par le passé imbibé du sang de notre jeunesse.

Les peuples arabes, instruits de ce qui se passe dans le monde ne peuvent plus accepter les leurres d’une rhétorique fallacieuse.

À l’ère de l’électronique, des réseaux sociaux, et donc des échanges avec tous les citoyens du monde, nos peuples ne reconnaissent désormais qu’une seule ligne de démarcation : celle qui sépare la liberté de l’oppression, la démocratie de la dictature, la bonne de la mauvaise gouvernance.

Les discours éculés qui répètent les slogans usés, qui abêtissent plus qu’ils n’éclairent, qui infantilisent plus qu’ils n’éduquent n’illusionnent plus. Il faut se rendre à l’évidence, la génération au pouvoir donne l’impression qu’elle est dépassée par l’époque, qu’elle affiche des aspirations passées de mode, qu’elle bredouille des discours surannés. Une nouvelle dynamique sociale est née. Il faut savoir l’écouter, l’entendre et la comprendre.

Pacifiquement. C’est l’espoir de tous ceux qui aiment ce pays. Sinon la rue ce nouveau parlement prendra le relais. Braver les interdits, n’est plus un obstacle pour cette génération dont la majorité est formée de citoyens de 20 à 35 ans, voire 40 ans.

La mort ne semble plus faire peur. Les centaines de jeunes qui défient l’immensité de la mer dans des rafiots de fortune pour rejoindre des rivages qui, pensent-ils leur offrirait la félicité, qui défient des blindés poitrines nues, ou encore s’immolent par le feu, ne peuvent craindre le haussement de ton d’un discours déjà ressassé ni le ressassement de promesses déjà entendues.

Nous sommes arrivés à la fin d’une ère.

L’histoire nous apprend la vanité des tentatives réactionnaires ; elle nous invite à ne pas ramer à contre-courant, à ne pas nous aveugler dans la lumière blafarde d’une sécurité illusoire. La perspective qui se présente à nous est grandiose : elle nous offre d’intégrer le cours du monde, par l’ouverture de grands boulevards de liberté, par l’organisation des espaces d’expression, et surtout, par le respect de l’individu et de ses choix.

Extrait: « De La Numidie à l’Algérie,Grandeurs et Ruptures »

Karim Younes