Notre Place dans le Monde

Il faut s’attendre à des changements qui bouleverseront le monde d’ici 10 à 20 ans. Une nouvelle planète avec une nouvelle carte des Etats risque de nous être imposée et elle ne sera certainement pas avantageuse pour nous.

Les dangers que sont, la famine, la guerre civile ne sont jamais trop loin. Les effets pervers de cette situation, outre qu’ils menacent la stabilité et la cohésion nationale, appauvrissent les esprits, et affament les plus vulnérables. Ce sont des réalités géopolitiques plus que jamais à l’ordre du jour.

Les raisons du remodelage de la carte du monde sont multiples, entre autres la démographie. En 2030, la terre comptera 8 milliards d’habitants répartis comme suit : 1,4 milliard pour l’Afrique (dont 120 millions pour le Maghreb), 700 millions pour l’Europe, 450 millions pour l’Amérique du Nord, 180 millions pour l’Amérique latine, le reste où plutôt la majorité 5,2 milliards essentiellement entre l’Asie et l’Inde. Nous serons ainsi 1,6 milliard d’humains supplémentaires parmi lesquels nous représenterons 1% de l’espace euromaghrébin. Nous serons donc une goutte d’eau dans l’océan humain du monde.

Les pays développés ont construit leur puissance économique en profitant de la révolution industrielle et leur stabilité politique en construisant leur Etat Nation.

Avant l’avènement de la construction de l’Etat-nation, les pays européens vivaient sous le régime politique du féodalisme et des seigneurs. C’est la Révolution Industrielle qui a permis la construction de l’Etat national, de l’unité nationale et de l’industrialisation.

A l’indépendance et du fait du colonialisme, l’Algérie avait pris un retard considérable dans le domaine de la construction de l’Etat-nation et du développement économique.
Une partie des problèmes actuels et des retards accumulés s’explique aussi par le fait colonial.

Posons-nous certaines questions :

Que restera-t-il d’espace pour des décisions souveraines de nos futurs gouvernements lorsque les prix du pétrole et du gaz chuteront durablement, sous l’effet des spéculations dictées par les timoniers de ce monde ?

Comment ne pas s’inquiéter lorsque l’on sait que dans une dizaine d’années, la population frôlera les cinquante millions d’habitants alors que la production d’hydrocarbures commence à décliner, les réserves s’amenuisent naturellement (même si on espère de nouvelles et importantes découvertes) et que l’économie productive hors hydrocarbures est incapable de prendre la relève ?

Notre pays a dilapidé une bonne part de ses ressources. La faute en incombe à des politiques hasardeuses et incohérentes, parfois inspirées par la démagogie et souvent aveugles aux réalités du temps. L’ampleur des dégâts se révèle sous nos yeux, corroborée par des remous sociaux de plus en plus exacerbés.

La solution est-elle d’imiter nos voisins ou amis, les pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine qui ont fait de leur territoire un territoire d’outremer pour des sociétés qui visent à réduire leurs coûts de production et d’exploitation en se délocalisant là où la force de travail reste moins chère qu’en Europe ?

Sûrement que la jeunesse des hommes et des femmes qui constituent notre force mériterait de se lever pour elle-même et de ne plus rester ainsi aliénée toujours par les mêmes pays qui, autrefois ont colonisé ces mêmes contrées d’une autre manière.

Une des grandes richesses qui est en notre avantage est la détention de sites miniers et de sites d’hydrocarbures, pouvant ainsi éviter le piège que propose systématiquement le FMI aux Etats en voie de développement, à savoir du crédit contre une ingérence masquée par un apprentissage à la démocratie.

Bien que l’État ait pris le parti de les faire exploiter par des sociétés étrangères compétentes en le domaine, ils représentent une manne tout à fait considérable pour le pays. Entre le diamant, la turquoise et le gaz, le régime iranien a orienté sa politique grâce aux rentrées pécuniaires du Khoms (le cinquième des revenus) qui, de fait, se doit de revenir au peuple.

Il ne serait pas pour notre part dénué de sens de prendre acte de ce qui marche ailleurs, en gardant pour autant notre spécificité nationale. La manne pétrolière que l’on estime à 300 milliards d’euros par an pourrait très largement contribuer à l’investissement scientifique, tel que d’autres ont pu le faire par ailleurs.

Quel héritage lèguerons-nous à la génération suivante ? N’est-il pas déjà trop tard devant la situation de complexité et de chaos qui semblent faire le quotidien du citoyen en étant le plus sceptique.

Il est nécessaire de répondre à la question sans faux fuyant.

Beaucoup d’analystes suggèrent que cinquante ans c’est beaucoup pour la vie d’une personne, mais très peu pour l’existence d’une nation. Mais en économie, cette hypothèse, avancent nos meilleurs économistes, risque d’être purement et simplement complètement erronée.

Les statistiques internationales le prouvent. Beaucoup de nations développées ont réalisé en quarante ans ce que d’autres pays ont construit en un siècle et demi. Le processus de rattrapage est possible mais ne l’est que si ces pays-là se sont correctement structurés, dotés d’une vision et d’un projet de société partagés.

L’agitation dans le monde qui nous sidère vise à la destruction des institutions, des infrastructures civiles et militaires, le pourrissement économique, l’émiettement de la cohésion nationale, l’anéantissement des valeurs fondatrices des États, et, en définitive, à la mise au pas derrière les pays qui pilotent ce siècle.

Les multinationales alimentent les révoltes, choisissent leurs « élites», qui, prises au piège de la dépendance, serviront leurs maîtres en dilapidant les richesses qui appartiennent aux peuples.

L’Algérie de demain doit se réécrire en urgence et faire en sorte que désormais l’évocation des charlatans ne dépasse pas la première virgule de son histoire contemporaine.

«Comment préparons-nous l’entrée de notre pays dans le siècle des innovations, dans celui des luttes pour l’existence, balayant le spectre de la maladie, de la famine, du mépris, de l’injustice et de l’ignorance ? Sommes-nous à l’abri du statut des peuples ‘‘globalisés’’ face à la coalition des puissants qui rythment le monde au gré de leurs intérêts exclusifs ?».

L’Algérie peut-elle continuer de s’offrir le luxe de laisser impunis les prédateurs d’une économie promise à un autre destin, un destin national matrice et porteur d’espoir ? Pendant plus de cinquante ans, nous avons eu une suite de sursis qui nous permettaient de différer la réussite et de financer les échecs. Mais la situation s’est toujours aggravée.

Le grand problème qui tue notre pays c’est la CORRUPTION, puisque le système est désorganisé ou chaque institution est une république autonome, sans orientation stratégique.

L’image est très inquiétante, on voit ce qu’on n’a jamais vu, le délitement progressif de l’État algérien. C’est de l’exagération ? De la dramatisation ? Je le souhaite.

Malgré le désenchantement, les désillusions, la démission des élites, la fuite des cerveaux, le règne des prédateurs, la démobilisation de la société, les crises et les convulsions, l’histoire nous enseigne que le «mieux est (toujours) en nous».

Karim Younes