la renaissance culturelle en Algérie,

16 FÉVRIER 2016
CULTURE

Karim Younès répond à cette question: la renaissance culturelle en Algérie, serait-elle un résultat des luttes politiques ou le fruit d’un travail collectif et acharné d’une élite dévouée à la culture ?

LA CULTURE. C’est un sujet controversé et, à ce titre, riche d’interprétations parfois brillantes.

Il m’arrive de réfléchir à ce concept multiforme et mes souvenirs d’étudiant -(Dieu, que c’est loin !)-me ramènent au verbe grec qui est la source première : poiein (faire) qui va donner poiètès-le poète.

Je conclus que la culture est un acte de création.

Pragmatiquement, je l’associe à la maîtrise d’une technique : la plume et le parchemin, le papyrus ou le papier, supports de l’écriture, chez le poète, l’écrivain, l’orateur ; le marteau, le burin, le ciseau chez le sculpteur ; le pinceau, les couleurs et la toile ou la fresque chez le peintre ; l’instrument ou la voix chez le musicien ; l’appareil chez le photographe ; la caméra chez le cinéaste…

Chacun des artistes que je viens d’évoquer commence par maîtriser une technique.

Technè en grec ancien, c’est l’art.

Quand le créateur s’empare d’une technique et la maîtrise, il s’exprime LIBREMENT à l’égard du monde qu’il soumet à son regard, à son oreille, aux pulsions de son cœur, de son intelligence, de son corps.

La culture est, à mes yeux, une forme de refus et la volonté de faire entendre un autre bruit, et c’est la musique, d’harmoniser ou de confronter les couleurs, et c’est la peinture, de modeler l’homme ou l’animal autrement que ne l’a façonné la nature , et c’est la sculpture, de faire dire aux mots ce qu’ils n’ont pas encore exprimé, et c’est la poésie, d’inventer des mouvements qui communient avec une musique , et c’est la danse.

Joël Dicker* Prix Goncourt des lycéens, Grand prix du roman de l’Académie française va jusqu’à écrire ; « Le véritable art dérange. L’art consensuel n’est que la dégénérescence du monde pourri par le politiquement correct. »

Le propos est excessif. Il reviendrait à dynamiter le David de Michel-Ange, au motif qu’il servait une politique.

On me dira avec raison que la culture est un concept qui ne se limite pas à l’art, même si elle l’englobe. Ce qui de la culture va au-delà de l’art, c’est aussi la capacité que l’homme exploitera de s’intégrer dans le groupe auquel la nature l’a assigné ou d’en refuser les contraintes.

La forme la plus achevée de la culture est de préserver la faculté de dire non. La politique est donc partie intégrante de la culture dans la mesure où l’art d’organiser la cité est exposé au débat. C’est là qu’apparaît la nuisance du politiquement correct qui s’applique à écarter, de la confrontation des idées, des questions connotées négativement par les servants d’un nouveau mode de penser sur mesure.

C’est là, à mes yeux, que se joue une partie essentielle dont va dépendre la capacité de l’Algérie éternelle à trouver sa place dans un monde qui bouge…

Notre passé nous invite à la préoccupation de notre avenir. En d’autres termes, c’est dans les écoles de l’enseignement, dans notre enseignement supérieur que nous regagnerons le terrain perdu par des années de gouvernement sans perspectives.

Dans ce programme de reconquête ou, si vous préférez, de renaissance de la culture algérienne, l’éducation et la culture occupent la place centrale, le lieu de tous les nouveaux départs.

Si la lutte politique aboutit à une convergence des volontés sur cet axe, si les créateurs tels que je viens de les décrire sont assurés de LA LIBERTÉ de faire, de dire, de chanter, de créer, alors la renaissance de la culture algérienne étonnera le monde.

La question est : » Le verra-t-on avant qu’il ne soit trop tard ?»
12745535_822375694539676_6282575778626800964_n
Karim Younes