KARIM YOUNES, ÉCRIVAIN, À L’EXPRESSION « La communication autour du livre est une priorité »

A l’occasion d’une rencontre tenue avant-hier, à Alger, autour de ses trois livres (De la Numidie à l’Algérie, Les portes de l’avenir et La chute de Grenade), Karim Younes a bien voulu répondre à nos questions. Il estime entre autres que la communication autour du livre doit être prioritaire dans les politiques culturelles du gouvernement et que l’enseignement des langues étrangères, qui est une clé d’accès à la modernité, doit épouser le siècle.

L’Expression: Il n’est pas fréquent que les écrivains rencontrent leurs lecteurs, excepté dans certaines villes du Centre. Qu’est-ce que ça vous fait d’échanger avec vos lecteurs?

Karim Younès: Ecrire est déjà un moyen d’échange avec l’Autre, c’est un don de soi qui va amener les lecteurs «récepteurs» à la réflexion. En ce qui me concerne, la sensation éprouvée est celle de quelqu’un qui ressent un besoin pressant, une nécessité de témoigner et qui se libère, quelque part, de l’intérieur…
Rencontrer le lecteur, lui exprimer sa gratitude à l’intérêt qu’il porte à sa production permet d’établir un lien que la dédicace immortalisera.
J’estime que l’acte d’écrire doit avoir un but moral et pédagogique. J’ai eu le bonheur de rencontrer des lecteurs intéressés par la lecture dans toutes les régions du pays et pas forcément dans les grandes agglomérations. C’est le cas aussi pour beaucoup d’auteurs. L’occasion de la séance de signature des publications constitue un espace d’échange entre l’auteur et ses lecteurs, un cadre d’expression stratégique qui s’offre à vous pour communiquer avec vos visiteurs, créer une dynamique, un élan par les écrits au partage, par la langue, en l’occurrence, ici, le français, qui n’est qu’un outil qui s’est imposé à moi à l’instar de l’ensemble des auteurs de ma génération, je ne l’ai pas choisie.

L’Expression :L’un des problèmes les plus fréquents dans le domaine du livre, c’est la communication. Certains livres de valeur ne sont pas portés à la connaissance du public faute de communication et à cause de l’inexistence d’une presse culturelle professionnelle. Êtes-vous personnellement satisfait de la réaction du public à vos publications?

Karim Younes : En effet, nous accusons un énorme retard en matière de communication dans le domaine du livre et pas seulement!!! La mise en place d’une stratégie nationale de communication institutionnelle qui n’est ni coûteuse ni difficile à élaborer et installer est la priorité des priorités.
De nombreux chercheurs, enseignants, étudiants, experts éprouvent les pires difficultés à disposer d’une information fiable et actualisée pour leurs travaux. Prendre à bras-le-corps cet aspect est un acte de bonne gouvernance à mon sens.

L’Expression : Vous écrivez en français et l’essentiel de ce qu’il y a d’intéressant s’écrit en français. Or, l’enseignement de cette langue est en pleine décadence. L’écrivain francophone ne risque-t-il pas de se retrouver orphelin de lecteurs dans quelques années?

Karim Younes :L’enseignement du français en décadence? Ce constat est aussi valable pour l’enseignement de l’arabe. Les résultats communiqués par les principaux concernés sont sans appel et posent la problématique, ô combien cruciale, des méthodologies en vigueur quant à l’enseignement des langues dans notre pays.
Orphelin? Je ne le pense pas. Il y a une kyrielle de jeunes écrivains d’expression française préoccupés par des questions contemporaines relatives à notre pays et au monde et certains ouvrages sont gorgés de questionnements très pertinents qui présagent d’un avenir conquérant pour cette littérature.
Selon moi, il faut juste plaider pour une écriture limpide et facile à lire.

Entretien réalisé par Par Amar INGRACHEN – Lundi 18 Avril 2016 00:00