CROIRE A LA FORCE DE L’ECRIT REVIENT A CROIRE AUX NOUVELLES RÈGLES DU JEU SOCIAL

Par Karim Younes- 24 octobre 2015 –

En évoquant la liberté de la presse, notre première pensée, doit aller et ira naturellement à tous ceux et à toutes celles qui sont tombés en martyrs du journalisme et du devoir d’informer. Aucune mort n’a réussi ni ne réussira à faire taire la voix de la presse, ni parvenir à la réduire au silence, ni aucune muselière ne saurait étouffer ses cris, ni aucune œillère ne saurait la détourner de son devoir de vérité.

La période d’après 1989, a été une période charnière dans l’histoire de notre pays. La corporation des faiseurs d’opinion et de lumières a été touchée dans sa chaire. Une ancienne génération d’hommes et de femmes de presse, à l’instar de Said Mekbel, Tahar Djaout, Allah yerhamhoum, et de tant d’autres professionnels que Dieu leur prête vie, sentant le poids de leur nouvelle mission après l’ouverture démocratique, allait rapidement installer de nouvelles coutumes dans le métier et transmettre un savoir et un regard nouveau sur la société dans la non-violence comme règle de base.

Croire à la force de l’écrit revient à croire aux nouvelles règles du jeu social, aux lois de la nouvelle ère insufflée par le vent de la démocratie sur le monde.

Au fil des années et avec la concentration géographique de l’information réduisant le monde au concept de village planétaire, les nouveaux canaux d’information, les nouveaux sujets induits par la dynamique culturelle mondiale, le métier de journaliste s’élargit et surtout se complexifie.

Ces nouvelles données mondiale se rajoutent au climat politique national ambiant. La censure comme phénomène politique demeure toujours l’épée de Damoclès qui engourdit nos meilleurs plumes.

Pourtant les libertés démocratiques ce sont aussi la liberté d’expression et la liberté de la presse, pour garantir la libre circulation des idées, par les mots écrits ou dits et l’image. En tant que professionnels de l’information, les journalistes sont les vigiles de la société. Il en est ainsi dans toutes les sociétés dites démocratiques et il ne peut en être autrement dans notre pays dont la constitution se réclame des valeurs démocratiques.

Dans l’exercice de ses libertés, la communauté des journalistes et des professionnels de l’information a conscience du rôle de promoteur de la paix que leur confère leur vocation, rôle dans lequel ils doivent se sentir confortés autant par les pouvoirs publics que par la société dans son ensemble.

Les journalistes ont le droit de dénoncer ce qu’il y a lieu de dénoncer, quand il le faut, s’il le faut, dans les termes qu’il faut.

Ce qui implique l’existence d’une presse libre ou indépendante peut paraitre contraignant, parfois même exaspérant ou encore irritant. Mais une fois démenties, expliquées ou corrigées, les situations dénoncées et rétablies, la nécessaire confiance entre gouvernants et gouvernés, entre administration et administrés, entre élus et électeurs, entre justice et justiciable, la société sort grandit de la médiatisation de ses tourments.

Et l’avènement d’une presse libre redevient vite ce qu’il est véritablement dans la perception de tous : une conquête majeure de l’espace des libertés démocratiques dans notre pays.

Karim YOUNES

Liste de 100 journalistes algériens assassinés entre 1993-1997. Voir lien : http://www.algerie-dz.com/forums/showthread.php?t=47554