QUEL AVENIR POUR LES RELATIONS ENTRE L’ALGERIE ET LA France ?

Le Président français Emanuel Macron a été en visite à Alger le 06 décembre 2017. Quel bilan, pour quel avenir des rapports entre nos deux pays ? Un questionnement, somme toute légitime… Ci-après une approche que je soumets, humblement, modestement, aux lecteurs de ma page et à ceux du Soir d’Algérie.

Paru le 05/12/2017 dans le quotidien : Le Soir d’Algérie

La colonisation française, comme les précédentes, a été très violente sur les plans humain, social, culturel et économique. Elle a déstructuré la société algérienne et lui a arraché tout ce qui a trait à sa mémoire, à ses racines, à son histoire.

Ses dégâts sur notre peuple sont incontestablement plus pervers, plus criminels que toutes les autres invasions réunies depuis l’Antiquité. Ses effets se ressentent jusqu’à aujourd’hui.

L’Algérie a connu bien des dynasties qui ont géré l’Etat depuis l’époque du roi numide Massinissa jusqu’à nos jours. Certaines ont eu un rayonnement localisé, les Rostémides, les Zirides, les Hammadites, les Zianides pour ne citer que les plus importantes.

L’Etat de l’Algérie sous la direction turco-ottomane a connu pendant trois siècles une autre dimension, méditerranéenne celle-là, avant de s’effondrer face à la puissance militaire de la marine française le 5 juillet 1830, dans l’indifférence des pays d’Europe.

C’est une période de troubles qui précipita la chute du pays et de la région, provoquant la déliquescence de cet ensemble nord-africain qui a duré près de huit siècles. Le déclin eut pour corollaire la renaissance de l’Europe occidentale et de sa pire créature : le colonialisme.

Pourtant, les différents traités conclus par les dynasties et les pays du pourtour méditerranéen, plus encore entre les deys et les puissances étrangères (France, Angleterre, Hollande, Espagne, Etats-Unis), attestent d’une diplomatie et d’une présence active sur la scène mondiale.

Soyons clairs : l’Algérie, comme tous les pays ayant connu les affres du colonialisme, ne peut évacuer de sa mémoire cette longue période marquée par les massacres de sa population, la torture appliquée de façon inhumaine et l’annihilation de sa mémoire…

Néanmoins, l’Algérie doit faire son deuil de son passé. Mais faire son deuil, ce n’est pas oublier le lourd bilan de la guerre de Libération nationale.

Ce bilan, en effet, s’inscrit dans notre histoire à travers les larmes de sang de nos braves, qui, au coude à coude avec les Français dans les tranchées, puis face aux hordes nazies, ont mené une guerre impitoyable, à jamais souillée par des violences inouïes, des exécutions sommaires, des exterminations et jusqu’aux génocides.

Et qui pourrait oublier qu’une dizaine d’années après le sacrifice des soldats algériens, morts pour «la Mère Patrie», la France ingrate ait employé sa puissance militaire pour imposer le silence aux aspirations légitimes de «sa» colonie et de ses enfants ?

La douleur physique peut s’estomper, le traumatisme psychologique, lui, ne s’atténue pas. Il ne peut être balayé d’un revers de main.

Pourtant, le regard, qui est le projet et l’espoir de la nation, doit être tourné vers l’avenir, car c’est dans l’avenir que se projettent les défis du présent, instruits par la mémoire du passé.

Un jeune candidat à la présidence de la République française n’a pas craint de compromettre ses chances de réussir en assimilant, à Alger même, la colonisation à un crime contre l’humanité. Il s’agit d’Emmanuel Macron, aujourd’hui président.

Fini donc le discours sur l’«œuvre positive» de la colonisation, fini le besoin que la France s’excuse et demande pardon. La repentance française s’est exprimée…

Le propos courageux du candidat Macron englobait-il les essais nucléaires commis par la France coloniale dans la zone de Hamoudia, à Reggane (Adrar), où ils continuent, à ce jour, de détruire des vies ?

Portons la réponse à son crédit, car nous n’allons pas indéfiniment instruire le procès de la colonisation, rappeler les discriminations, la séquestration des terres, ni les discours sur le développement culturel qui, à bien des égards, n’est que l’outil de colonisation et d’assimilation que ne peuvent obtenir les baïonnettes.

Je ne veux pas non plus raviver le souvenir de l’appauvrissement systématique des populations «indigènes» ni rappeler le plaidoyer du Maréchal Clauzel devant la Chambre des députés en faveur de la colonisation de l’Algérie, tellement «utile pour la France qu’il la compare à la conquête de l’Inde par les Anglais moins d’un siècle plus tôt».

Je ne ferai pas l’injure aux adeptes «des bienfaits de la civilisation française» ou encore de «l’œuvre positive de la colonisation», de remettre sur le tapis l’association des émigrés français, espagnols, italiens, maltais, avides d’espaces et de richesses, appelés à compléter l’œuvre des militaires en précipitant la colonisation agricole et de peuplement européen sur notre sol.

Je ne vais pas rappeler le coût de la conquête, ni citer le chiffre d’un tiers de la population algérienne, soit un million d’hommes, tombés sous le feu ou percés par l’épée de l’ennemi. Je ne suis pas propagandiste «du livre noir du colonialisme» mais j’en appelle à la lucidité pour élaguer, dans la phraséologie et la logorrhée, les éloges de «la démocratie et des bienfaits de la colonisation française» et souligner d’un trait, couleur de sang, la nature réelle de la barbarie et des criminels d’hier, pour qu’ils ne soient plus jamais ceux de demain.

C’est fort de sa mémoire retrouvée et désormais rigoureusement cultivée, que notre pays saura nouer des relations rationnelles avec la France. Le rappel de ces faits historiques qui témoignent tout à la fois de la grandeur de l’Algérie, de sa place dans l’Histoire et de sa décadence, matérialisée par sa colonisation, n’est pas fortuit. Loin de développer un cours d’histoire, ma seule ambition est de contribuer à établir une véritable pédagogie de la mémoire et ouvrir le livre de demain.

En effet, n’est-il pas plus avisé de cultiver la mémoire par la célébration et le recueillement ? De valoriser nos victoires en les réinvestissant dans la mouvance universelle de progrès ?

La France et l’Algérie doivent inaugurer une ère de paix et de respect réciproque des mémoires que l’Histoire ne saurait effacer, quelque effort que l’on fasse. Les débats entre les deux pays doivent favoriser les rapports politiques et socio-économiques mutuellement profitables…

Les avancées technologiques dans les domaines industriels, les progrès dans le secteur de la médecine et de la recherche scientifique des uns peuvent, ou peut-être, doivent se conjuguer au rythme des capacités, à l’exploitation des ressources en hydrocarbures, à l’ouverture des marchés financiers, intellectuels, culturels et commerciaux.

Je porte au pinacle en particulier la coopération inter-universitaire.

Quoi de plus porteur que de permettre à nos jeunes de poursuivre des études en Algérie ou en France, qui s’enrichiront naturellement de leurs différences plutôt que d’en faire des ferments de discorde ? La proximité géographique, l’aire culturelle facilitent le rapprochement objectif pour faire face aux enjeux et défis de ce siècle.

Les calculs géopolitiques nous condamnent à une saine approche des rapports entre Etats et peuples. Tous nos efforts doivent tendre désormais vers la résorption des rapports conflictuels. Une ère nouvelle s’ouvre à nous.

  1. Y.

 

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